Dio Vi Salvi Regina, paroles de l’Hymne Corse pour fêter le 8 décembre

En ce 8 décembre, jour anniversaire de la Nation Corse, chantons l’hymne “Dio vi salvi regina”  qui célèbre la protectrice de notre île (voir la page wikipedia en langue corse) .

On pourrait traduire son titre par “Que Dieu Vous Garde, ô Reine”. Pour ceux qui ne connaissent pas cet hymne vous pouvez l’écouter dans 2 versions un peu plus bas dans l’article.

 

Dio Vi Salvi Regina

Dio vi salvi Regina
E Madre Universale
Per cui favor si sale
Al Paradiso.

Voi siete gioia e riso
Di tutti i sconsolati,
Di tutti i tribolati,
Unica speme.

A voi sospira e geme
Il nostro afflitto cuore,
In un mar di dolore
E d’amarezza.

Maria, mar di dolcezza
I vostri occhi pietosi,
Materni ed amorosi
A noi volgete.

Noi miseri accogliete
Nel vostro santo Velo
Il vostro Figlio in Cielo
A noi mostrate.

Gradite ed ascoltate,
O Vergine Maria,
Dolce, clemente e pia,
Gli affetti nostri.

Voi dei nemici nostri
A noi date vittoria ;
E poi l’Eterna gloria
In Paradiso.

 

Traduction en français

Que Dieu vous garde, Reine,
Et Mère universelle
Par qui on s’élève
Jusqu’au Paradis.

Vous êtes la joie et le rire
De tous les attristés,
De tous les tourmentés,
L’unique espérance..

Vers vous soupire et gémit
Notre cœur affligé
Dans une mer de douleur
Et d’amertume.

Marie, mer de douceur,
Vos yeux pieux
Maternels et aimants,
Tournez-les vers nous.

Nous, malheureux, accueillez-nous,
En votre saint Voile
Votre fils au Ciel
Montrez-le nous.

Acceptez et écoutez
Ô Vierge Marie,
Douce, clémente et pieuse,
Nos marques d’affection.

Sur nos ennemis
Donnez-nous la victoire ;
Et puis l’Éternelle gloire
Au Paradis

 

Le “Dio” est l’hymne corse depuis 1735.

Quelques vidéos pour l’écouter:

Petite découverte avec une interprétation du groupe allemand Annwn, passionné par les mythes régionaux entres autres.

Version live du groupe “Canta u populu corsu”

 

 

1755: la constitution de Paoli donne le droit de vote aux femmes corses

Au bonheur des dames!

Voici que s’achève la journée internationale de la femme, et j’avoue en éprouver un certain soulagement car ce jour tant qu’il sera célébré aura ce goût amer: celui de se sentir désignée comme un corps différent au sein de la société, celui de se voir rappeler les maltraitances diverses et variées subies à chaque instant aux 4 coins du globe. A cela s’ajoute plus vilement, l’engorgement de ma boîte mail, saturée d’offres “hommage” me permettant de bénéficier de réduction X ou Y sur des produits dont le prix de départ est en prévision gonflé… En résumé c’est une journée dédiée “aux femmes victimes/consommatrices”. Il n’y a pas à dire, si cette république me demandait mon avis sur le maintien de cette journée, je voterais “non merci j’ai eu ma part”, mais la république si elle sait “fêter” les femmes ne semble pas très encline à les consulter.

 

La journée internationale de la femme c’est avant tout un souvenir. Le souvenir des luttes féministes ménées au début du XXème siècle. En France, aux Etats-Unis, en Russie… c’est à l’initiative de l’allemande Clara Zetkin que la première journée internationale de la femme a lieu le 19 mars 1911. Le droit de vote! Des droits équivalents aux hommes dans le travail! Cette journée est initialement un combat et c’est grâce à une poignée de femmes et d’hommes que le droit d’accéder aux urnes est accordé peu à peu à nous toutes, heureuses occidentales!

 

 

*Pour tous exceptés…

C’est justement en repensant à cette scandaleuse épopée du Droit de Vote* que je me suis souvenue que si les françaises avaient du attendre 1944 (ça me fait toujours un peu froid dans le dos le rappel de cette date), ils n’avaient pas fallu attendre le XXème siècle pour que le sujet soit débattu. Nos bienheureuses ancêtres insulaires furent de part le monde les toutes premières à se voir octroyer le droit de vote. En effet en 1755, la République de Paoli octroie très clairement le droit de vote aux femmes dans sa constitution. Pascal Paoli était inspiré par les lumières de France et d’Europe; les français qui s’emparent de l’île en 1769 suivront d’autres inspirations et supprimeront hélas immédiatement ce droit.

 

 

1755-1769, un record historique

Mais est-ce l’unique symbole historique de l’égalité homme-femme en Corse?

Sur ce point historique plus technique je laisse la main à Anna car elle doit avoir quelques précisions à nous donner.

 

La famille en Corse au 14ème siècle est au centre de la société, elle en est le pilier. Cette conception méditerranéenne dérive du système grec dans lequel il ne peut y avoir de communauté politique (cité) sans communauté domestique. Néanmoins, eu égard au caractère patriarcal et aristocratique de la famille Corse, il est intéressant de constater que les femmes ont bénéficié de droits relativement tôt, notamment en matière de succession, avec les statuts de San Colombano dans un addendum de 1498. Le principe de l’égalité successorale énonce ainsi qu’en l’absence de testament du défunt, le “bien” du père doit être attribué au fils mâle ou à la fille légitime ou au bâtard. Leur acceptation de cette succession est pour eux un devoir, ils ne sauraient y renoncer comme cela était permis dans certains statuts comme ceux de Florence. La coutume traditionnelle Corse admet la succession de pleins droits: les héritiers en sont donc les bénéficiaires réservataires. Ces derniers ne peuvent être que les descendants en ligne direct du père. Dès lors, il semble intéressant de souligner l’égalité entre les descendants, sans privilèges accordés à l’un d’entre eux quelque soit leur âge ou leur sexe. En dépit de la pater familias, il est intéressant d’observer les droits des femmes selon les sociétés et selon les époques. Les sociétés méditerranéennes sont parfois assimilées à tord à des sociétés hostiles aux femmes mais les statuts de San Colombano nous montrent l’avancée du combat pour les droits des femmes sur certains aspects.

Humhum.. Merci Anna pour ce point historique de droit! De mon côté je vais peut-être relire 2 fois ce paragraphe car je ne suis pas encore remise du choc de ce scoop!

A prestu!

 

Crédits texte:

Nephilimk (part1)

 Anna M. (part2)

 

A tous les hommes et les femmes de bonne volonté, allez-en paix!

 

 

 

 

2 Décembre 1804 : Sacre de Napoléon

Nous sommes le 2 décembre 2014 et en ce jour symbolique Les Corsettes ont tenu à rendre hommage à un des hommes d’État qui a sans doute le plus marqué l’histoire constitutionnelle et culturelle française: Napoléon Ier. Loin de vouloir exposer toute considération politique, nous vous proposons de remonter avec nous jusqu’en 1799 pour aborder quelques événements clefs de la période napoléonienne qui s’achèvera en 1815 avec la chute de l’Empire. 

« La révolution est fixée aux principes qui l’ont commencée. Elle est finie. » Le Général Bonaparte, l’un des héritiers de la révolution française, en arrivant au pouvoir fait régner l’ordre et met fin au régime de la « Terreur », plus tôt instauré par Robespierre et ses pairs.

Napoléon est en Egypte lorsque qu’un coup d’État, le 30 prairial de l’an VII (18 juin 1799), chasse les modérés du Directoire au profit des Jacobins. Un homme, l’un des 5 nouveaux directeurs à la tête du Gouvernement, dessine déjà un nouvel avenir constitutionnel pour la France : Emmanuel Sieyès. Persuadé que seule une dictature militaire peut empêcher un retour à la monarchie, l’Abbé Sieyès cherche un « sabre pour exécuter ce que la tête pense » mais Napoléon n’est pas un exécutant. Il ne se contentera pas de satisfaire les velléités de Sieyès, il va prendre les rênes et rendre son accession au pouvoir légitime. Il a su s’allier aux bonnes personnes pour cela, en outre son frère Lucien Bonaparte vient de se faire élire à la tête du Conseil des Cinq-Cents (Chambre basse), sa stratégie est affinée et la chance lui sourit.

Le matin du 18 brumaire an VIII (9 novembre 1799), le « petit Caporal » est serein, il a réuni des troupes grâce notamment au soutien de Sieyès et de Murat mais espère que ce coup d’Etat se déroulera sans effusion de sang. Mais les députés n’entendent pas le laisser prendre le pouvoir et s’insurgent, Napoléon est mis « hors-la-loi ». Une phrase prononcé par Sieyès montre bien la détermination du bloc sous le commandement du Général : « Ils nous mettent hors la loi ? Et bien général, il faut les mettre hors la salle ! »

Napoléon sera ensuite nommé Consul par les français lors du vote de la Constitution de l’an VIII puis Consul à vie par un sénatus-consulte en 1802 pour se faire sacrer Empereur le 2 décembre 1804. Napoléon se fait sacrer Empereur des français à Notre-Dame de Paris lors d’une somptueuse cérémonie. Bonaparte a l’art d’arriver à ses fins avec deux caractéristiques qui lui sont propres : noblesse et détermination. Parmi les invités, le Pape Pie VII qui est présent mais ne couronnera pas Bonaparte puisque l’Empereur le fera tout seul.

 

Gravure illustrant Napoléon dans sa jeunesse et dans sa vieillesse (artiste inconnu)
Gravure illustrant Napoléon dans sa jeunesse et dans sa vieillesse (artiste inconnu)

 

Dès son arrivée au pouvoir, Bonaparte travaille à apporter ses idées à la France. Sur le plan juridique, pour clarifier et simplifier la loi, il fait élaborer par quatre rédacteurs le « Code civil des français ». Si le Code civil (aujourd’hui largement remanié) constitue un apport, c’est parce qu’il est rédigé avec un style noble et parce qu’il permet une codification afin d’unifier le droit sur le territoire français. Cette œuvre inspirera d’autres pays européens comme l’Allemagne pour rédiger plus tard leur Bürgerliches Gesetzbuch, le Code civil allemand. Il l’affirme lui-même à Saint-Hélène : « Ma vraie gloire, ce n’est pas d’avoir gagné quarante batailles ; Waterloo effacera le souvenir de tant de victoires. Ce que rien n’effacera, ce qui vivra éternellement, c’est mon Code civil. »

Dans une France où l’économie est repartie grâce aux guerres qui jouent un rôle d’accélérateur, le Code du commerce est créé en 1807. Le premier Empire marque la consécration de la destruction de la féodalité et son remplacement par une société de classes; les Bourbons restaurés n’ont pu revenir sur cette transformation. Le premier Empire crée également des Institutions prestigieuses (Conseil d’État, préfectures, Cour des comptes créée en 1807, Université impériale établie en 1808) qui ont traversé tous les régimes, avec quelques remaniements, pour parvenir jusqu’à nous.

Outre le prestige de la France conféré par les victoires de Bonaparte, l’Empereur souhaite le rayonnement culturel de Paris. Il souhaite en faire la capitale culturelle, politique et même religieuse (lorsqu’il pense à fixer la résidence du Pape dans un palais connexe à Notre-Dame) de l’Europe. Toujours déterminé à aller au bout de ses ambitions, il dirige la ville et entreprend des travaux dont nous héritons aujourd’hui grâce à des monuments comme les ponts d’Iéna et des Arts, l’arc de triomphe, la place de la Madeleine, les fontaines, le palais Brongniart à la Bourse ou encore la rue de Rivoli. En outre, des mesures techniques d’organisation interviennent avec un réseau de ravitaillement (marchés, halles…) adduction d’eau (Canal de l’Ourcq), quais, égouts, numérotage des maisons.

L’Empereur gouverne avec le Sénat qui ne le contredit jamais, il n’hésite pas à légiférer au moyen de Sénatus-consultes du Sénat ou décrets, il a écarté le Tribunat et la Chambre basse et gouverne seul la France. Les sénateurs, bien trop occupés à vivre dans la légèreté, convergent constamment dans la même direction que l’Empereur. Cette centralisation du pouvoir conduit à la chute de l’Empire en 1815. Le Sénat, l’organe avec lequel l’Empereur gouvernait prononcera finalement sa destitution et la bataille de Waterloo le mènera en exil à Saint Hélène ou il meurt le 5 mai 1821 à 17h49.

 

Ier volet d’une série de 3 articles. A paraître: le destin tragique du Roi de Rome, le retour de l’Empire avec Napoléon III

A lire en ligne: les lettres de Napoléon à Joséphine

En ligne sur LesCorsettes:  Citation de Sieyès sur  la politique de Napoléon

 

Bannière: détail du tableau de Jacques-Louis David “Napoléon franchissant le Grand-Saint-Bernard