De l’Art Brut en Off de la FIAC 2015? L’Outsider Art Fair à l’Hôtel du Duc!

Le somptueux hôtel particulier du Duc de Morny, fondateur sous Napoléon III du cercle des chemins de fer, accueille la troisième édition de l’Outsider Art Fair en off de celle qu’on ne présente plus… et oui c’est le week-end de la FIAC.

 

 

L’Outsider Art Fair grandit et s’établit à l’Hôtel du Duc

L’Outsider Art Fair est événement d’envergure mondiale qui permet la rencontre chaque année, et depuis 3 ans déjà, de galeristes internationaux et de collectionneurs/passionnés. Dans une époque où l’art est dominé par l’idée et le concept, ce retour à l’art brut, son quasi opposé, est à la fois déroutant et régalant. L’art brut n’a pas pour vocation première d’être vu, il naît de la psyché torturée des artistes, de leur solitude, fantasmes, peurs… Il est tantôt exutoire, tantôt échappatoire. L’art brut, c’est le fruit des tripes de ces auteurs.

 

 

Ce sont aussi dans la majorité des cas des histoires atypiques. Vrai soulagement en ce monde dévoyé par le conformisme de la pensée que de voir poindre en ces lieux tant d’originalité!

L’art brut ? Qu’est-ce donc que ceci?

L’art brut regroupe des productions réalisées par des gens rarement issus des grandes écoles d’art, c’est-à-dire des personnes qui n’ont pas été formées aux pratiques artistiques de manière académique. Etre autodidacte est un trait récurent dans l’art brut. Ces « singuliers de l’art », comme on les appelle, œuvrent bien loin des normes esthétiques. Dubuffet, l’inventeur du terme, définissait l’art brut comme une forme d’art spontanée, sans prétention sociale ou culturelle et sans démarche intellectuelle.

Face à la demande des collectionneurs, toujours plus nombreux pour cette forme d’art en résurgence, les galeristes ont redoublé d’efforts pour présenter ici de nombreux profils originaux, de belles histoires et surtout des tonnes d’œuvres envoûtantes. La librairie de la Halle Saint Pierre tient d’ailleurs un stand au premier étage qui saura abreuver votre soif d’informations sur le sujet.

 

 

Au vu de la taille de l’exposition, nous ne pouvons vous parler de tous les artistes et vous donner un avis objectif sur chacun d’entres eux… voici donc plutôt une petite sélection de nos coups de cœur!

 

2 japonais et 1 française : les Palmes des Corsettes

Pour commencer nous allons décerner la palme du « roi des Français » à l’artiste japonais Tagami. Une histoire digne de l’éloge de la paresse de Paul Lafargue. Un oracle fait un jour au père du jeune Tagami une prophétie : “Ton fils sera un vaurien”. Le petit bougre grandit, acquiert une licence de philo, mais rien ne le motive en effet. En bon Tanguy des temps modernes, ses parents le mettent à la porte de chez lui à 30 ans. Le voilà qui se met à dessiner frénétiquement, jour et nuit. Il appelle son père et lui annonce qu’il sait ce qu’il va faire de sa vie, mais qu’il n’en vivra jamais et demande à son père de le nourrir. Le père lui répond interloqué : « mais si demain je venais à mourir ? » Le fils prodigue lui répond alors: “Je mourrais aussi”.

Ne pleurez pas car cette histoire a en prime une happy end : aujourd’hui Tagami est marié et vit de son art, mais finie la torture, le sombre, les lignes accérées… place à la joie, aux couleurs, à la vie! Il est un homme heureux aujourd’hui, artiste singulier travaillant autant le détail que la couleur, il vous émerveillera par son inventivité.

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Restons aux pays de la poésie, sous les cerisiers, et allons faire un tour sur le travail d’un autre japonais : Shinichi Sawada, figure cette fois-ci emblématique et reconnu de l’art brut japonais.
Il façonne des créatures étranges et déstabilisantes issues de son imaginaire, parmi lesquelles un ver qui nous a étrangement rappelé le ver des sables des romans  du cycle de Dune de Herbert. Autiste, pensionnaire dans un hôpital de la ville de Kusatsu, il sera rapidement orienté vers un atelier de création artistique où il s’adonnera à son art. Il est exposé dans de nombreuses institutions internationales et plus récemment à la Biennale de Venise et à la Halle Saint Pierre lors de l’exposition dédiée à l’art brut japonais. Laissez-vous envoûter par ces créatures aux corps hérissées de pics et aux visages qui semblent, l’espace d’un instant, vous fixer.

 

 

Les japonais sont souvent des précurseurs en matière d’art brut pourtant notre cher hexagone n’est pas en reste. L’artiste suivante est notre “Coup de cœur Corsettes” :

 

Anais Eychenne maîtrise une ancienne technique de dessin sur tissu indienne nommée le Kalamkari. Cette pratique ancestrale et complexe lui permet de créer des œuvres riches et détaillés. L’équilibre de ses œuvres est sidérant. En regardant ses toiles ont est frappés : rien ne peux être ni enlevé, ni rajouté. La précision du trait, tout, semble comme mathématique, on cherche un sens à ce que l’on voit. Finalement, on se laisse porter par le trait, le sens esthétique de ce monde cyclique et donc harmonieux. Découverte par un organisme situé à Saint-Sever-du-Moustier dans l’Aveyron, Les Arts Buissoniers, cette collaboration permet à cette artiste introvertie de s’exposer à Paris le temps de la foire. Les photos ne rendant que très difficilement de son art minutieux, n’hésitez pas à aller jusque dans cette petite galerie aveyronnaise pour comprendre à quel point “Ce coup de coeur des Corsettes” est tout sauf usurpé!

 

 

Bien que nous ayons choisis ces artistes,  il existe dans la proposition de toutes les galeries de l’Outsider Art Fair , de très nombreuses pépites qui sauront attirer votre attention! Remerciement spécial à Rebecca Hoffman et à toute l’équipe de évènement qui assure d’une belle visite, tant par l’accueil, que par la mise en place et l’attention donnée aux artistes.

 

L’art c’est comme le cidre c’est meilleur quand c’est brut

Ce dernier week-end d’octobre, si vous êtes sur Paris, ruez-vous donc sur l’occasion pour aller découvrir le travail de ces originaux aux histoires peu communes mais dotés d’une sacrée âme. Faire le pari de l’art brut est risqué : bien qu’en pleine résurgence, son étrangeté est incomprise. Pourtant quelle bouffée d’oxygène! La folie ne m’a jamais parue si belle et convaincante qu’en ces lieux… et tant mieux! Tout semble neuf, rien ne se ressemble, chaque œuvre semble être une fenêtre sur l’âme de son auteur. C’est peut-être pour cela que l’art brut revient, c’est un art franc, sincère, dans son sens le plus simple. Les derniers d’entre nous à l’être sont-ils les fous ? Devant tous ces créateurs, je m’incline et l’espace d’un instant je me tais et regarde.

 

Crédits texte Ghjulia, crédits photo NephilimK

 

Outsider Art Fair

38 galeries internationales s’exposent

Adresse: Hôtel du Duc,  22 rue de la Michodière, entrée libre aux passionnés!

Du 22 au 25 octobre

Accès métro: Opéra ou Quatre Septembre

Prolonger la visite:

Hey ACTE3 à la Halle Saint Pierre, notre article à ce sujet

 

Une expo en entrée libre? Climats Artificiels à la Fondation EDF

En plein débat sur le climat et faisant écho à la future conférence Paris climat 2015, l’espace de la Fondation EDF nous invite à réfléchir aux conséquences de l’homme sur son environnement à travers son exposition “Climat artificiels”.

Au travers du regard de divers auteurs, nous plongerons avec poésie dans le lugubre de notre avenir. L’exposition se situe dans une ancienne sous-station électrique au cœur du VIIe arrondissement de Paris (photo de la porte ?) qui accueille depuis toujours des expositions traitant du rapport de l’homme à la nature.

 

 

L’exposition se compose de trois salles avec des thématiques différentes. L’arrivée se fait sur le thème de l’eau : nous pouvons apercevoir diverses œuvres traitant de l’eau comme, par exemple, le « Condensation Cube »  de Hans Haacke qui met en scène de manière perpétuelle le mouvement de condensation de l’eau. Cloudscapes, l’installation centrale de l’architecte japonais Testuo Kondo, nous permet de traverser un nuage dont la composition reproduit celle de nos chers cumulo-nimbus mais les deux œuvres les plus envoûtantes sont sans conteste « La mer » de Ange Leccia et « Présage » de Hicham Berrada .

 

 

Tenant le premier plan, Ange Leccia, pionnier de l’art vidéo français, va mettre en œuvre le mouvement des vagues en bousculant la perspective. Un mouvement vertical se substitue au mouvement horizontal, bouleversant nos habitudes de mise en scène du mouvement. Et l’écume ainsi imagée de créer un espace qui se meut et se défait de manière immuable et poétique nous faisant regarder un paysage d’une autre manière.
En tant qu’insulaire, les éléments de la nature, leur force et leurs mystères sont au centre des recherches de cet artiste. Une fois de plus un écho à l’esthétique nippone nous rappelle que les ponts sont nombreux entre la Corse et le Japon. Vous pouvez découvrir dans un article précédent la collaboration entre l’artiste Yujin Suzuki et Les Corsettes qui mettait justement à l’honneur cette connivence insulaire.

La deuxième œuvre à retenir notre attention est celle de l’artiste Hicham Berrada, « Présage ». De formation scientifique, il va recréer des écosystèmes en atelier et les laisser ensuite évoluer, utilisant dans son laboratoire des mécaniques physiques et chimiques pour rejouer les métamorphoses et mutations de la Nature. De là se dégage un sentiment de beauté et de calme, le tout baignant dans la pénombre de l’installation. Un régal.

 

 

La deuxième partie de l’exposition laisse davantage de place au numérique et a pour thématique les catastrophes ordinaires, c’est-à-dire les calamités, naturelles ou non, telle que l’œuvre de Cécille Beau et Nicolas Mongermont, « Sillage » qui met en scène de manière visuelle et auditive un tremblement de terre. Petit coup de cœur pour Adrien Missika et sa « porte de l’enfer » qui signe là une œuvre onirique qui nous transporte dans un lieu bien insolite : le cratère de Darzava.

 

 

L’étage, quant à lui, est consacré à l’état de notre ciel. Davantage plastique, vous pourrez observer la somptueuse gravure sur verre de Charlotte Charbonnel ou bien l’installation « Village Green » de Vaughn Bell : une sympathique petite biosphère dans laquelle nous pouvons plonger nos têtes, ironisant sur notre besoin de dompter la nature et d’en être le garant. Une petite pensée aussi pour l’artiste Pavel Pepperstein qui parvient à nous subjuguer avec son travail sur les aquarelles, mêlant couleurs et typographie dans des toiles mélancoliques sur la présence de l’homme sur terre.

 

 

L’exposition est bien faite, et se laisse explorer sans désagrément, un peu brève peut-être. Si vous ne savez pas quoi faire de votre dimanche, allez donc vous perdre dans un de leurs nuages tant il est grisant de faire du beau avec quelque chose de si inquiétant .

 

 

“Climats artificiels” Fondation EDF

Adresse: 6 rue Récamier 75007 Paris
Accès Métro: Saint Germain des Près, Sèvres-Babylone
Du mardi au dimanche de 12h à 19h

4 octobre 2015 au 28 février 2016

 

Entrée libre

 

Crédits texte: Ghjulia
Crédits photos: Nephi

 

Exposition Yves Saint Laurent: 1971 la collection du SCANDALE

Du 19 mars au 19 juillet

Les prochains mois s’annoncent ensoleillés et je vous propose de faire un tour à la Fondation Pierre Bergé-Yves Saint Laurent. Vous pourrez y découvrir une collection printemps/été hors du commun puisqu’elle a influé sur toutes les années 70 particulièrement dans la rue mais a aussi ouvert une nouvelle voie à la haute-couture.

 

Que vous réserve cette nouvelle exposition?

La scénographie joue avec bonheur sur 2 plans, celui de la pièce et celui de son esquisse. En toile de fond nous avons les silhouettes fluides et élancées esquissées par Saint Laurent; elles ne sont pas que la genèse des pièces, au contraire elles permettent d’insuffler de la vie aux pièces présentées au-devant d’elles. Si les voiles des robes resteront retombés, ils sont tout en légéreté et retrouvent leur liberté sur les murs des allées.

 

 

“Libération” la collection qui déplait aux bien-pensants

Jusqu’à cette collection de 1971 Yves Saint Laurent s’est imposé comme le digne héritier de la tradition française de la haute-couture. Depuis la “robe Mondrian” le monde entier a les yeux rivés sur ses collections qui mêlent comme par magie l’innovation et le classicisme des lignes. Cette nouvelle collection vient contrarier les attentes; si Yves Saint Laurent va se réapproprier d’une part la mode des années 40, époque encore trop proche pour ne pas rappeler à certains des souvenirs difficiles, il ne désigne pas clairement cette période en utilisant le terme de “libération”. C’est un mot qui s’applique tout autant à lui-même qu’à toutes les jeunes femmes qu’il veut habiller.

 

 

En se libérant Yves donne naissance au look frondeur de la jeune femme des années 70, celle qui s’assume en tout. On parlait de l’élégance de la femme YSL, l’année 71 resplendit de force en revisitant l’élégant vestiaire des années 40. Cette femme moderne qu’il présente joue de ses pouvoirs avec nonchalance, elle ne sourie pas pour plaire mais parce qu’elle jouit d’elle-même. Le rouge de l’anémone, la fourure… la femme est passionnée, sauvage, effrontée, elle porte un rouge franc sur les lèvres, le vêtement ne prend pas le dessus sur elle mais l’encourage à se libérer.

 

Le public lors du défilé est offusqué, il Déteste, il Hue. Si Saint Laurent s’attendait à créer la suprise, il ne s’attendait pas à une telle déferlante de critiques. La presse l’incendie. Il se dira “triste et flatté”. Aux questions il répondra tour à tour

“Ce n’est pas tant visuellement que moralement que les gens ont été choqués.”

“Les jeunes, eux, n’ ont pas de mémoire”

Il choisit de poser nu devant l’objectif de JeanLoup Sieff pour le lancement de son premier parfum pour homme. Le scandale joue les prolongations pour mieux plaire à toute la nouvelle génération. En effet la jeunesse s’empare de ce style, le retro sera bientôt partout.

 

 

Dans la contreverse, YSL renaît idôle et cette collection “Libération” sera a posteriori la “libération de la haute-couture”. Il la pousse à entrer dans la modernité qui marquait déjà , elle exceptée, toutes les autres formes d’arts.

 

En complément, je ne saurais que trop vous conseiller le film “Saint Laurent” de Bertrand Bonello qui parcourt les années 1967/1976 et qui est une pure merveille. Le public lui a réservé un accueil très mitigé à sa sortie (alors que la critique l’encensait) et leurs critiques sont encore plus dures sur AlloCiné. Je ne me l’explique que parce que Bonello est autant un réalisateur qu’un artiste plasticien. Ce film est un chef d’oeuvre a bien des niveaux et Gaspard Ulliel joue un YSL complexe, impertinent, très séduisant… En espérant que vous aurez l’occasion d’en juger par vous-même. Voici le lien de la bande-annonce.

 

Je vous laisse avec ces 2 portraits rêveurs réalisés par Andy Warhol (vous me pardonnerez les reflets…) qui ne font pas partie de l’expo mais sont accrochés dans un salon privé de la fondation. Je trouve que ces esquisses au fusain du maître du pop art répondent de manière touchante aux crayonnés préparatoires du maître de l’élégance. Le crayon ne fige jamais vraiment les choses et il laisse toujours ouverte la possibilité de les voir reprendre vie sous nos yeux.

 

 

 

Crédits texte et photos: NephilimK

 

 

Fondation Pierre Bergé-Yves Saint Laurent

Yves Saint Laurent 1971: La collection du scandale (du 19mars au 19 juillet 2015)

Commissaire d’exposition: Olivier Saillard

Scénographie (très réussie!): Nathalie Crinière, agence NC

Adresse: 3 rue Léonce Reynaud, Paris 16ème   Métro9 Alma-Marceau

Tarifs: 7€ /réduit 5€ / gratuité enfant de moins de 10ans et demandeur d’emploi

Horaires: 11h/18h (fermé le lundi)

 

Ne manquez pas également le 16 avril à 19h

Yves Saint Laurent 1961 – 1971 : 10 ans pour révolutionner la mode

Avec Pierre Bergé, président de la Fondation Pierre Bergé – Yves Saint Laurent

MiniARTextil, un concept d’expo atypique

Les amoureux de la culture vivant ou séjournant à Paris savent bien une chose, pour accéder au dernier évènement en vogue il faut commencer par s’armer de patience. Les files d’attente sont parfois en elles-même d’incongru happening auquel le visiteur se doit de participer bon gré mal gré. Venue de ma petite île et ayant conservé mon côté flegmatique j’avoue portant ne pas parvenir à me plier à cette épreuve du piétinement consenti; peut-être l’engouement des parisiens pour le yoga ou d’autres pratiques de relaxation annexes trouverait-il ici un début d’explication… voilà un excellent thème pour un article d’investigation!

Si vous êtes du même tempéramment que moi, et que vous ne pouvez malgré tout vous passer de votre dose régulière de découvertes culturelles, voici mes 3 astuces:

-pour les musées nationaux et autres structures importantes, ne jamais manquer de consulter leur site qui présente souvent les jours et les heures les plus creuses pour les visites

-acheter ses billets “coupe-file” en ligne en accord avec ces heures

-débusquer sur internet les expositions moins médiatisées qui pourront se révéler être de pur moment de bonheur aussi bien pour leur contenu que par leur accessibilité (ô joie! il n’y a pas de file d’attente… il y a bien une exposition ici?!!)

En ce 2 mars, j’ai choisi de vous parlez de mon exposition coup de coeur correspondant à ce dernier critère.

MiniARTextil se tient jusqu’au 21 mars au Beffroi de Montrouge.  C’est une exposition qui a lieu chaque année courant mars et qui a eu le mérite de me charmer il y a 3 ans et de n’avoir cessé par la suite de m’enthousiasmer. Cette année marque la 11ème édition et est à ce jour la plus réussie sur le plan scénographique.

 

 

MiniArtTextil est une exposition sur le textile contemporain qui a été initiée en 1991 en Lombardie dans la ville de Côme par l’association Arte&Arte. C’est en partenariat avec cette ville que l’exposition ne cesse depuis de se développer (2015 correspondant plutôt donc à la 24ème édition) en s’intéressant à des artistes aux nationalités de plus en plus diversifiées.

Hormis le thème (cette année c’est celui de “Géa” qui signifie la Terre en grec), une contrainte toute particulière est donnée aux artistes participants, celle d’élaborer une petite pièce ne dépassant pas les 20cm3. 54 créations qui mêlent divers matériaux et techniques de tissage sont ainsi présentées dans le cadre d’une scénographie très moderne à l’éclairage bien étudié. Ici on ne prend surtout pas de recul devant les oeuvres, au contraire! Plus on s’approche, plus on s’émerveille devant les détails et la finesse que recèle chaque cm2 , l’étrangeté des matières et les innovations auxquelles on a fait appel; on se questionne sur les techniques, et on se réjouit devant ces ouvrages tissés qui les uns après les autres se dévoilent à ceux qui veulent bien prendre le temps de les observer minutieusement.

Si les miniatures sont le cœur révélateur de cette manifestation, elles ont pour écrin 10 installations textiles dont les proportions paraissent monumentales comparées à la réjouissante petitesse qu’elles enserrent.

Pour vous donner un aperçu voici quelques photos qui peuvent donner une idée de ce que vous pourrez découvrir. Je vous conseille au moins de cliquer sur les photos pour les agrandir, même si mes prises de vue ne font que suggérer les impressions qu’on peut avoir face à elles.

 

De gauche à droite:

Lina Ringeliene “Abloom” (viscères d’animaux, pierres volcaniques)

Monica Hengel “La comucopia di Gea” (soie, cocons de Bombyx Mori, fil métal)

Yoshiko Sashida “Shell IV” (argile, fils, couleurs acryliques)

Hiromi Murotani “Pangaea” (fil et chiffon de coton)

Irina Kolosnikova “Growing up” (organdis et fil métallique)

Sumiko Tasaka “A vessel for share” Prix Arte&Arte 2014 (papier de métal, aluminium, soie)

Frank Connet “Untitled” (cuivre galvanisé et tissu shibori)

 

Evidemment j’ai eu un coup de cœur pour la grande installation centrale du japonais Manabu Hangai “Wonder Forest”. On appréciera les jeux d’ombres créés par cette accueillante forêt mouvante et onirique. Je n’ai pu m’empêcher de me sentir tel un insouciant Totoro dans sa retraite boisée. Ceux qui n’auront pas la même dévotion que moi pour l’oeuvre de Miyazaki pourront avoir des ressentis moins enfantins,  d’ailleurs n’hésitez pas à m’en faire part dans les commentaires!

 

 

Autres installations intéressantes, l’immense tenture en fil de coton avec ses inclusions de céramique “Mother” de Junko Imada  (la photo en bannière de l’article n’en montre qu’une partie et je vous conseille fortement de faire un tour sur son site officiel pour en avoir un meilleur aperçu) ou encore les papillons de Patricia Polese “I love you I” qui mêlent fils de métal et tissage en chanvre. Les ajouts de jeux d’ombres liés à la scénographie sont encore ici en parfaite adéquation.  6 galeries sont partenaires de l’évènement avec des oeuvres présentées d’une part au Beffroi et d’autre part dans leur enceinte respective.

Ci-dessous à droite on peut voir un détail de l’oeuvre “Sound of nature” de Noriko Narahira et je vous invite à aller découvrir une autre de ses installations qui joue davantage sur la spatialité à la galerie Yukiko Kawase dans le 11ème. Noriko Narahira qui était présente lors de ma visite au Beffroi a pu me parler de l’une des techniques qu’elle utilise. Avec ces créations tissées, elle offre au visiteur des sensations visuelles qui font écho à la nature, à son caractère changeant et à l’ordre qui naît du désordre.  Pour cela, elle sélectionne avec soin des tissus de coton américain qu’elle choisit pour leurs imprimés à fleurs ou à pois dans des teintes chatoyantes; la torsion va créer de nouveaux motifs, de nouveaux contrastes dans le tissu lui-même puis d’autres nouveaux quand elle les nouera les uns aux autres. L’articulation de tous ces éléments finit par créer un tout très vivant et plein d’harmonie.

 

 

De nombreuses autres découvertes vous attendent, alors j’attends vos retours. Vous pouvez  prolonger la visite avec un parcours hors-les-murs. Cette année une visite guidée dans les fondations participantes de la Cité Universitaire est aussi proposée. La prochaine aura lieu le 14 mars à 16h. J’ai participé à celle du 28 février et je rédige un article à ce sujet. Par la suite je pourrais peut-être vous parlez  également de ce lieu encore peu connu des parisiens qu’est le Beffroi situé à 200 mètres des limites de la capitale. Pour ceux qu’un exil temporaire de Paris effraierait, il faut noter que la sortie du M4 “Mairie de Montrouge” y donne directement accès:)

 

 

MiniARTextil  “GEA” 11ème édition

Adresse et horaires:

Beffroi- Montrouge- 2 place Emile Cresp

Du 27 février au 21 mars 2015

Ouvert tous les jours de 12h à 19h

Détail parcours Hors-les-murs

Entrée libre

 

Remerciements à Andrea Volpi et à Andrea Ponsini commissaire de l’exposition

 

Crédits photos et texte: NephilimK